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Débat

Table ronde : « La série animée : les enjeux d’aujourd’hui, les défis de demain »

Personnalité de l'année

Conversation avec… 30 minutes avec une personnalité qui a marqué l’actualité en 2019

Cocktail et networking

Cette réflexion collective sera suivie d'un cocktail / networking à l'occasion duquel les professionnels pourront échanger

LES INTERVENANTS

Natalie Altmann

productrice (Media Valley)

Tiphaine de Raguenel

directrice des jeunes publics et de l'animation (France TV)

Régis Jaulin

auteur et président de la Guilde française des scénaristes

Audrey Brugère

Directrice Jeunesse Groupe CANAL+

Jean-Baptiste Wery

producteur et vendeur international (Dandelooo)

Succès pour Le Rendez-vous de l’animation d’Écran Total

Mercredi 11 décembre, Écran Total a organisé la première édition de son Rendez-vous de l’animation, qui s’est tenue au Club de l’Etoile (Paris XVIIᵉ). Malgré les conditions de circulation difficiles dues à la grève, les professionnels ont répondu présents. Cet événement s’est déroulé en deux temps : il y a d’abord eu un débat, intitulé "La série animée : les enjeux d’aujourd’hui, les défis de demain", qui a fait intervenir Natalie Altmann (productrice et autrice, fondatrice de la société Media Valley), Audrey Brugère (directrice du pôle Jeunesse de Canal+), Tiphaine de Raguenel (directrice de l’animation et des jeunes publics chez France Télévisions), Régis Jaulin (auteur et président de la Guilde française des scénaristes) et Jean-Baptiste Wery, l’un des associés de la société Dandelooo, qui officie dans la production et la distribution internationale. Le débat a été suivi d’un entretien avec Marc du Pontavice, fondateur et PDG de Xilam, élu personnalité de l’année par la rédaction d’Écran Total. Le Rendez-vous de l’animation a été programmé et modéré par Lucas Fillon, journaliste chez Écran Total.

Le feuilleton, une forme émergente…

Le débat s’est intéressé aux bouleversements que connaît la série animée. Parmi ceux-ci : l’émergence du feuilleton. Cette forme de narration, longtemps proscrite pour des problématiques de programmation, a commencé à faire son retour ces dernières années, et est aujourd’hui fortement accompagnée par plusieurs diffuseurs, tels que France Télévisions et le Groupe Canal+. Après avoir soutenu les Grandes Grandes Vacances (10 x 26’, Les Armateurs), diffusé pour la première fois en 2015, France Télévisions s’est engagé depuis sur la quatrième saison des Mystérieuses Cités d’or (26 x 23’, Blue Spirit) – les deuxième et troisième saisons de la série culte avaient été produites par Blue Spirit pour TF1 et diffusées à partir de 2013 – et sur Tobie Lolness (13 x 52’, Tant Mieux Prod), adaptation du roman de Timothée de Fombelle, publié par Gallimard Jeunesse.

Le Groupe Canal+ porte quant à lui quatre feuilletons : Runes (26 x 26’, Les Armateurs), une création originale ; la Rivière à l’envers (10 x 26’, Dandelooo), adaptation du roman de Jean-Claude Mourlevat, édité chez Pocket Jeunesse ; la Rose écarlate (Label Anim, 13 x 26’), d’après la BD de Patricia Lyfoung, publiée chez Delcourt ; et les Quatre de Baker Street (Blue Spirit, Folivari, 6 x 52’), d’après la bande dessinée de Jean-Blaise Djian, Olivier Legrand et David Etien (Editions Vent de l’Ouest).

…favorisée par la révolution numérique

Tiphaine de Raguenel explique pourquoi le feuilleton devient dorénavant une des priorités de l’offre jeunesse de France Télévisions. "Ce format nous permet de renouer avec le public des plus de 8 ans, qui est de plus en plus attiré par le feuilleton, mais dans le genre de la fiction. Par ailleurs, avec le numérique, nous pouvons désormais proposer l’ensemble des épisodes en une seule fois. Il y a donc davantage de place pour le récit et le parcours initiatique des personnages." Audrey Brugère détaille aussi en quoi le feuilleton est un pilier pour Canal+ : "Quand je suis arrivée au pôle Jeunesse, j’ai tenu à ce qu’on accompagne des projets avec de grandes arches narratives, mettant en avant l’évolution de personnages. Par ailleurs, en effet, le développement du numérique pousse davantage à regarder les feuilletons et ces derniers permettent de s’adresser à un public plus âgé. Mais le format est exigeant. Il faut y mettre des moyens au niveau de l’écriture et de la production, tandis que le développement nécessite un temps long."

L’hybridation, une tendance qui perce

Le mélange d’animation et de prises de vues réelles dans les séries est aussi une tendance qui perce. France Télévisions a commandé des programmes ayant recours à l’hybridation, comme Sept nains et moi (Method Animation) ou Mick le mini chef (26 x 7’, Studio Redfrog). Canal+ en a soutenu aussi, comme la Cabane à histoires, produit par Dandelooo. Dans cette série tournée en langue française, de vrais enfants se retrouvent dans une cabane pour découvrir ensemble des livres. Quand ils en ouvrent un et commencent à le lire, on bascule dans l’univers de l’animation. Est alors mise en scène l’histoire du livre en question avec un graphisme qui est celui de l’œuvre. Dans cette partie animée, il y a aussi des incursions de prises de vues réelles. Jean-Baptiste Wery fait part de l’enjeu qu’entraîne la production d’une série hybride : "C’est évidemment plus compliqué de s’attaquer à ce genre de programme, car on doit gérer deux logiques de travail différentes, l’une concernant la fiction, et l’autre, l’animation. En tout cas, la série s’est bien vendue à l’international, sauf dans le monde anglo-saxon, qui n’aime pas faire de doublage." La troisième saison de la Cabane à histoires (29 x 7’) est attendue prochainement sur les antennes du Groupe Canal+.

Mieux représenter la société française

Plus généralement, on constate que les séries animées ont de plus en plus à cœur de mieux représenter la société française et de parler davantage des enjeux actuels. Avec sa société Media Valley, Natalie Altmann a produit pour TF1 et le Groupe Canal+ la série Ernest et Rebecca (52 x 13’), d’après la bande dessinée de Guillaume Bianco et Antonello Dalena, publiée par Les Editions Le Lombard, dans laquelle l’héroïne, Rebecca, 6 ans et demi, a des parents divorcés et dont la maman a un nouveau compagnon. Un modèle familial que l’on voit peu dans les programmes pour la jeunesse. "Pour Ernest et Rebecca, les diffuseurs ont très bien accueilli le fait que soit mis en avant ce modèle familial, qui concerne beaucoup d’enfants aujourd’hui", développe Natalie Altmann. Cette dernière est aussi la productrice de la série Oum le dauphin blanc, diffusée par TF1, où l’écologie tient une place importante et dans laquelle elle aborde des sujets de société forts. "Dans le programme, nous nous sommes clairement prononcés contre les parcs aquatiques, où les animaux sont en souffrance", poursuit-elle.

Lutter contre les stéréotypes

Dans l’écriture et la production des séries animées, on observe aussi une volonté de lutter contre les stéréotypes. Pour la série Jean-Michel Super Caribou (52 x 13’), dont il a été directeur d’écriture, Régis Jaulin détaille en quoi cette dimension a été très importante. "Nous avons voulu montrer que les personnages masculins peuvent aussi avoir le droit d’avoir des émotions, alors que, le plus souvent, l’émotion est associée aux personnages féminins et la comédie aux personnages masculins." Jean-Michel Super Caribou est produite par Autour de Minuit et c’est l’adaptation de la collection d’albums Jean-Michel Le Caribou, de Magali Le Huche, publiés par Les Editions Actes Sud. Elle s’adresse aux enfants de 5 à 8 ans et à la famille, et vient de démarrer sur Okoo, la nouvelle offre jeunesse de France Télévisions. La série a donc pour protagoniste principal Jean-Michel, un caribou superhéros, qui veille sur le village de Vlalbonvent.

"J’ai perdu mon corps", le destin d’un film hors normes

Elu personnalité de l’année par Écran Total, Marc du Pontavice s’est prêté à un entretien autour du parcours formidable que connaît J’ai perdu mon corps, réalisé par Jérémy Clapin, qu’il a produit et qui est sorti dans les salles françaises le 6 novembre. Le film a en effet un destin exceptionnel : Grand Prix de la Semaine de la critique – c’est la première fois qu’un long métrage animé remportait la plus haute distinction de cette section cannoise –, Cristal du long métrage et Prix du public au Festival international du film d’animation d’Annecy, soutenu par une critique unanime, il a été acheté par Netflix pour le monde (exceptés la France, la Turquie, le Benelux, et la Chine). Distribué en France par Rezo Films, il a à ce jour rassemblé 150.000 spectateurs.
J’ai perdu mon corps est l’adaptation du roman Happy Hand, de Guillaume Laurant, paru aux Editions du Seuil en 2006. C’est le premier long métrage de Jérémy Clapin, connu jusqu’à présent pour ses courts métrages, comme Skhizein (2008). Le film débute alors qu’une main s’échappe d’un laboratoire. Rapidement, on comprend que cette main a été séparée de son corps, et qu’elle part à sa recherche. Au fur et à mesure de son périple dans Paris, celle-ci se remémore des moments de la vie de celui à qui elle appartient : Naoufel, un jeune homme d’une vingtaine d’années, qui, au moment où il a connu son accident, était en train de tomber amoureux d’une jeune femme, Gabrielle.

"Donner une âme à cette main"

Marc du Pontavice a d’abord évoqué ce qui l’a intéressé dans le roman de Guillaume Laurant et pourquoi il a voulu en tirer un film. "J’ai été intrigué par le sujet et j’ai particulièrement apprécié le renversement psychologique qui consiste à suivre l’histoire du point de vue de la main, qui cherche son corps, plutôt que l’inverse. C’est une œuvre qui évoque avec force le problème de la fragmentation et de l’incomplétude." Pour ce long métrage au scénario très original, "l’un des objectifs principaux a naturellement été de parvenir à donner une âme à la main", note le producteur.

Un financement difficile à réunir

Réunir le financement nécessaire n’a pas été aisé. "Le scénario a reçu peu d’aides [il n’a notamment pas obtenu l’avance sur recettes du CNC, NDLR]. Pour la plupart des comités de lecture, il semblait impossible que les spectateurs s’identifient à une main." Au final, le film a été fabriqué avec un budget de 5,1 M€, et à plus de 50% sur les fonds propres de Xilam. Il a bénéficié du soutien du CNC, via d’autres dispositifs que l’avance sur recettes, des régions Ile-de-France, Réunion, et Auvergne-Rhône-Alpes, et des sofica Sofitvciné 6 et Indéfilms 7. A noter qu’il a reçu l’avance sur recettes après réalisation.

Un doublage et une musique remarquables

Deux des nombreuses qualités du film sont son doublage et sa musique. Naoufel est incarné par Hakim Faris et Gabrielle par Victoire du Bois, acteur et actrice très doués mais peu connus. Or, on le sait, quand on produit un film d’animation, la question de savoir si on engage des comédiens célèbres pour le doublage se pose toujours. "Il était inutile d’aller chercher des voix connues pour ce film, et cela n’apporte finalement pas grand-chose. Cela aurait été même contre-productif". Quant à la musique, qui a un rôle crucial – elle est présente durant 50 minutes alors que le film dure 1 heures 20 –, elle a été prise en considération très en amont. "Le compositeur, Dan Levy, est en effet intervenu très tôt dans le processus de production".

Des conditions de distribution idéales

Dans l’Hexagone, le film a donc rassemblé à ce jour 150.000 spectateurs et peut espérer atteindre les 200.000 entrées. "Nous avons bénéficié de conditions de distributions idéales. Les exploitants nous ont suivis et nous avons bénéficié d’une presse dithyrambique". Par ailleurs, Marc du Pontavice revient sur la vente du long métrage à Netflix – J’ai perdu mon corps est le film français, tous genres confondus, pour lequel la plate-forme américaine a déboursé à l’heure actuelle le plus d’argent. "A Cannes, tout le monde est venu nous voir pour distribuer J’ai perdu mon corps sur son territoire. Mais les montants proposés étaient dérisoires. Nous avons reçu une première offre de Netflix, que nous avons refusée, car le film s’apprécie d’abord et avant tout sur un grand écran. Néanmoins, la plate-forme est revenue à la charge en nous proposant une grande exposition et une sortie en salles dans plusieurs territoires clés. Le long métrage a été lancé sur la plate-forme le 29 novembre dans le monde entier [sauf la France, la Turquie, le Benelux, et la Chine] et nous saurons dans quelques semaines le nombre d’abonnés qui l’auront vu à date."

En campagne pour les Oscars

Aujourd’hui, Netflix fait tout pour que le film décroche une nomination aux Oscars et aille jusqu’à remporter la statuette. Pour atteindre ce but, l’équipe de Xilam est fortement mobilisée avec la plate-forme, et ce depuis le mois de juillet. Et cela passe par plusieurs phases : il faut d’abord remporter des prix dans les nombreuses autres cérémonies qui ont lieu chaque année aux Etats-Unis. Tout semble bien parti pour J’ai perdu mon corps : le film vient de récolter plusieurs nominations aux Annie Awards, qui récompense le meilleur de l’animation américaine et internationale, et vient de gagner deux prix aux Los Angeles Film Critics Awards (celui du meilleur film d’animation et celui de la meilleure musique). On saura si le film est nommé aux Oscars le 13 janvier 2020.

PROGRAMME

19 h 30 : accueil

19 h 45 - 20 h 45  : Table ronde : « La série animée : les enjeux d’aujourd’hui, les défis de demain »

Depuis quelques temps, sur tous les plans, la série animée connaît plusieurs bouleversements : avec la révolution numérique, notamment, sa manière d’être exposée évolue, les formats se renouvellent, tandis que la manière de raconter les histoires change, comme on le constate, entre autres, avec l’émergence du feuilleton. Comment écrit-on, produit-on et diffuse-t-on de la série animée aujourd’hui en France et, surtout, comment fera-t-on tout cela demain ? Cinq professionnels (producteurs, diffuseurs, auteurs) débattent de cette problématique.

20 h 45 - 21 h : Echange avec la salle

21 h - 21 h 30  : Conversation avec…

Entretien de 30 minutes avec une personnalité qui a marqué l’actualité en 2019.

21 h 30 : Echange avec la salle et Cocktail

 

événement réservé aux professionnels de l'animation, sur invitation seulement, dans la limite des places disponibles.

Rendez vous au Club de l’Etoile

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